« Le futur appartient à ceux qui voient les possibilités avant qu'elles ne deviennent évidentes. » Théodore Lewitt
Tout le monde ou presque parle de la réalité augmentée (RA). Ne serait-elle alors qu'un simple effet de mode ? Non ! Elle est porteuse d’une révolution considérable dans nos usages et dans nos vies. Celui qui regarde ce qui se fait déjà aujourd’hui, réfléchit un instant à ce qu’il en sera demain pourra s’en convaincre aisément.
R.A. ET PUBLICITE
La réalité augmentée envahit nos écrans et fascine les publicitaires. Un enfant manipule sa boîte de lego devant une borne numérique du magasin. Et voici que surgit de sa boîte la construction en 3D agrémentée de petites animations !
(Voir vidéo ci-dessous)
Citroën a su créer l’évènement avec sa brochure sur la Citroën C3 Picasso : Il suffit d’un PC et d’une webcam pour qu’elle se matérialise à l’écran entre nos mains. Il est possible de la faire rouler sur une route virtuelle, d’en modifier la couleur, etc. (cf. vidéo)
Pourquoi ne pas se servir de l’écran de son ordinateur comme d’un « miroir virtuel ». C’est ce que nous proposent un certain nombre d’opticiens comme Krys ou Ray-Ban. Ils nous donnent l’opportunité de chausser en ligne nos futures lunettes. Si vous craquez sur un modèle, votre achat sera tout ce qu’il y a de plus réel…
http://www.conseil-optique.com/miroir-virtuel/
On pourrait parler de simples « gadgets publicitaires », si n’y avait derrière un énorme marché. La RA est une formidable machine à rêves : elle met le consommateur au plus proche de ses désirs, les suscite et les multiplie.
DEFINITION
Mais qu’est-ce au juste que la réalité augmentée ?
La RA peut être définie comme un procédé informatique superposant des éléments virtuels sur le réel. Elle est réactive, c’est-à-dire que l’utilisateur peut agir sur la réalité ajoutée, par exemple en déplaçant des objets virtuels. Tous les sens sont concernés, même si les applications privilégient la vision.
ORIGINES DE LA R.A.
L’idée existait déjà chez les auteurs de science-fiction dans les années 50. On la trouve notamment chez Philippe K. Dick dans Souvenirs à vendre.
Elle devient une réalité au début des années 60 avec Ivan Sutherland, chercheur américain qui a inventé un casque où se combinaient ses perceptions réelles à des images de synthèse guidées par des capteurs de mouvement.
Les premières applications concrètes sont -comme souvent- militaires. Dans les avions de chasse, les cockpits transparents affichent des informations en surimpression de manière à ce que les pilotes n’aient pas à faire des allers-retours entre le monde extérieur et le tableau de bord (système d’affichage tête haute : HUD = Head up display). De telles technologies sont maintenant disponibles en option sur certains modèles de voitures ; Peugeot, Citroën, Cadillac, BMW…
Le terme lui-même n’est apparu que dans les années 90, inventé et théorisé par Tom Caudell, employé chez Boing. Caudell désignait par là un dispositif où des images virtuelles de diverses parties de l’avion se superposaient à l’image réelle afin d’en faciliter le montage. Il s’occupait du câblage en particulier. En 2009, BMW a travaillé sur un tel projet afin de simplifier l’intervention des garagistes mais y a finalement renoncé. C’est en chirurgie, donc sur le corps humain, que ces procédés ont été utilisés avec le plus de succès.
LA R.A. SE DEMOCRATISE
Mais les progrès dans telle ou telle direction ne peuvent modifier radicalement le mode de vie d’une société. C’est ce qu’il faut pourtant pour que l’on puisse parler d’une véritable « révolution ». Celle-ci n’est possible qu’à partir du moment où le grand public est influencé durablement dans ses usages et manières d’être par une nouvelle technologie.
C’est déjà le cas aujourd’hui avec la RA. Les smartphones, i-pad, tablettes numériques et autres appareils portatifs permettent d’explorer le monde d’une nouvelle façon. Les applications sont encore rares, mais la marge de progression est considérable et le marché juteux. Les instituts d’étude chiffrent en milliards d’euros les revenus générés par ce nouveau marché dans les toutes prochaines années. Dans cette course, Google déjà quelques longueurs d’avance grâce à ses applications Androïd.
UN POTENTIEL GIGANTESTQUE
Avec la RA, c’est comme si une nouvelle dimension s’ouvrait à nous. A degré égal d’ignorance, par exemple, deux personnes peuvent regarder un château en ruines. A travers sa tablette, l’un pourra le voir tel qu’il était lors de sa grandeur, détailler les étapes de sa construction. Le nom du lieu lui apparaîtra en surimpression comme d’ailleurs celui des ses habitants célèbres. Il pourra consulter s’il le désire leur biographie pour autant qu’elle sera rendue disponible –et à terme, elle le sera. La personne non équipée ne pourra compter que sur son imagination et de vagues souvenirs d’école pour se faire une juste représentation de ce qu’elle voit.
La même différence se reproduirait dans une balade en forêt pour reconnaître les différents types d’arbres. La reconnaissance d’image en effet est en progrès constant. Même si la poésie doit y perdre, la réalité augmentée pourra aider à trouver les coins à champignons !
La traçabilité d’un produit acheté en magasin ne posera plus problème : la taille de l’étiquette ne limitera plus l’information.
Beaucoup d’activités humaines seront modifiées en profondeur grâce à la perception enrichie des systèmes de guidage. Il y aura une telle disproportion de moyens entre ceux qui seront équipés et ceux qui ne le seront pas qu’il serait étonnant qu’à terme chacun n’aspire pas à l’être.
LUNETTES OU LENTILLES ?
Pourtant, les ressources de la réalité augmentée resteront limitées tant qu’on aura affaire à des appareils portables. Non seulement la taille de l’écran reste réduite, mais une main est mobilisée pour porter et orienter l’écran. Ce n’est pas rien : On ne monte pas un meuble en kit en tenant un tournevis d’une main, une tablette numérique de l’autre.
L’avenir appartiendra donc soit aux lunettes, soit aux lentilles numériques. Laster Technolologies, une entreprise française créée par des ingénieurs du CNRS offre d’ores et déjà aux professionnels des modèles de lunettes efficaces à l’esthétique très satisfaisante. La pénétration du marché grand public est imminente. Le clivage entre ceux qui en porteront et ceux qui n’en porteront pas sera plus qu’un phénomène à la mode. Qu’on s’en réjouisse ou le déplore, il s’agira d’adaptation.
TOUS RELIES !
Il va de soi que de tels appareils seront reliés au réseau mondial via le Cloud. Il sera possible de naviguer par une gestuelle, par la voix ou directement par la pensée. Cette dernière solution ne relève plus seulement de la science-fiction. Chuck Yorgensen, ingénieur de la NASA a pu de cette façon commencer à naviguer sur un navigateur web modifié.
http://www.nasatech.com/NEWS/May04/who_0504.html
Les lentilles à réalité augmentée semblent être le stade final de cette évolution. Cette technologie est déjà en cours d’élaboration grâce aux nanotechnologies. Il faudra pourtant attendre au moins une dizaine d’années avant qu’elle soit complètement opérationnelle. En l’état actuel de nos connaissances, elles posent un problème d’alimentation? Cela pourrait se faire grâce à de petites batteries placées à quelques centimètres au maximum. Il semble pourtant que la société n’est pas encore prête pour la généralisation des implants frontaux.
DES CHANGEMENTS PROFONDS
Quoi qu’il en soit des technologies particulières utilisées, chacun pourra dans un futur proche être connecté en permanence au réseau et a telle ou telle application particulière de RA. Des outils s’ajouteront à sa mémoire, son imagination et son intelligence pour lui permettre d’interpréter son environnement comme ses interlocuteurs.
Non seulement des applications lui permettront de compléter ses perceptions, de les analyser, mais il pourra les stocker, les archiver pour les mobiliser ensuite au moment opportun.
La réalité augmentée aboutit à un homme qui d’ailleurs n’est plus tout à fait homme, mais devient bionique. Il sera pour ainsi dire comme doté d’un organe de perception supplémentaire et d’une nouvelle faculté.
Ce qui est paradoxal, c’est que cette nouvelle dimension qui s’ouvrira à lui sera une production entièrement humaine, mais collective. C’est comme si dans chaque individu entrait l’acquis des connaissances et de l’intelligence de milliards d’individus (morts compris) qui se mettaient à son service dans ses opérations cognitives. Joël de Rosnay parle d’un « cerveau collectif » ou d’un « homme symbiotique ».
Mais la R.A. comporte des risques qu’il conviendra de ne pas sous-estimer. Il se pourrait par exemple qu’on en vienne à confondre le réel et le virtuel. Toutes choses alors deviendraient comme un immense jeu vidéo. C’est ce que montre notamment le court métrage a grand succès réalisé par Eran May-raz et Daniel Lazo : Sight (voir vidéo ci-dessous).
CONCLUSION
Il n’y aurait pas eu de « révolution scientifique » à la Renaissance sans les progrès de l’optique et la fameuse « lunette de Galilée ». Les lunettes à réalité augmentée provoqueront pour le meilleur et pour le pire des changements majeurs dans nos vies et nos manières d’être. Ce qui est sûr, c’est que nous ne verrons plus jamais le monde comme avant.
Réalité augmentée chez Légo
Réalité augmentée pub Citroën
Culture en réalité augmentée
Sight, Dérives de la réalité augmentée